Qui est bien placé pour conseiller ? Où est le lieu où se trouve ce siège d’où on est légitime pour conseiller ?
Il y a dans le mutisme, je crois, quelque chose qui ne relève pas du « rien à dire ». Au contraire, le mutisme me semble être le signe d’un trop-plein, scié dans sa capacité à ordonner ce qui se bouscule, est entassé. Il y a dans le silence, beaucoup de bruit. Et je m’en veux de ces propositions de phrases définitives. Je ne m’y retrouve pas. Je préfère les propositions, les suggestions, les invitations. Les conditionnels : il y aurait, peut-être, dans le mutisme, le signe d’un trop-plein, scié dans sa capacité à ordonner ce qui se bouscule.
La semaine dernière, énormément d’émotions se sont agglutinées en moi. J’aurais pu trouver dans l’écriture ou dans la parole, dans la formulation écrite ou orale, un espace pour ordonner. Après tout, n’est-ce pas là mon espace de prédilection. Mais je n’ai pas pu. J’ai reculé devant la tâche. Et pourtant, je crois tellement fort à ce pouvoir libérateur de la formulation. Et pourtant.
Alors que nous sommes au petit-déjeuner, il a une migraine. Elle l’assaille souvent le week-end, une fois la semaine de travail achevée. Il n’est pas nécessairement du genre à s’épancher. Je ne suis pas sûre que cela soit par pudeur. C’est juste ainsi. Nous cherchons ensemble comment endiguer cette migraine qui arrive. Aurions-nous des huiles essentielles de menthe poivrée ? Non. Un Doliprane ? Puis, la parole arrive. Sans volonté ou tentative de régler quoique soit. Juste la parole d’amis qui partagent, qui s’intéressent, qui se sentent sincèrement concernés par ce qui arrive à l’un d’eux. C’est un petit-déjeuner fait de pain et de parole.
...