Parce qu'écrire, c'est questionner, c'est écouter, c'est choisir, angler, ordonner.
« Je me sens fragmentée. » Ell a dit ça. Elle a plein d'idées et en elle, elles ont une cohérence folle. Elle est sa propre unité. Et pourtant : gros brouhaha, gros bordel. Ça ne sort pas de façon évidente. La ligne intérieure, claire, se vomit en fragments éparses et confus. Cela s'emmêle et elle se prend la tête dans les mains. Elle en a marre que ça ne sorte pas clairement et que, par ricochet, cela ne soit pas lisible, pas visible. Pas achetable. Alors, elle persévère. Elle continue, elle a des dizaines et des dizaines de pages noircies qui disent et redisent la même chose. Les mots d'avant ne révèlent plus rien. Il se répètent et elle ne trouve toujours pas le sens global. Gros brouhaha, gros bordel.
Écrire est structurant. Même si on s'autorise à casser les codes de la syntaxe, écrire impose de mettre des mots les uns à la suite des autres. Et ça structure. Pas forcément en une fois ; écrire est un chantier. Mais ça finit par clarifier. Ça, j'y crois dur comme fer. Parce qu'écrire, c'est questionner, c'est écouter, c'est choisir, angler, ordonner. Un texte achevé, en tous cas un texte juste, est un texte qui a fait du chemin. Il n'y a que les mots qui tombent du ciel. Les phrases, les textes, les récits eux ont une histoire. Ils ont fait des pas en avant, en arrière, ils ont tâtonné, ils ont essuyé la pluie et la grêle, marché sous un soleil de plomb. Ils sont un moment d'un chemin. Et ça, ça clarifie, ça structure, ça relie. Ça aide à y voir plus clair quand c'est fragmenté et confus. Ça, j'y crois.
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