Kessel

Il a dit : « Who am I ? »

Je me demande quels mots choisir.

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2 min ⋅ 22/02/2026

Nous discutons au téléphone. Il a une voix ressource pour moi. A moins que ce ne soit son écoute. Ou sa façon de sembler comprendre où j’en suis. Ou son attention peut-être ; il me semble qu’il est vraiment avec moi quand je lui parle. Et sa gentillesse me semble grande d’une façon qui me fait du bien. Nous échangeons sur nos vies professionnelles, au pluriel. Sur celle en cours pour lui et sur celles à venir. Pareil pour moi. Ce que nous avons fait, ce que nous faisons, ce que nous avons envie de faire. Je le questionne sur ce qui me préoccupe en ce moment. J’ai à coeur de nommer les choses. J’adore chercher les mots justes. Je trouve que ce n’est pas seulement informatif. Les mots ne permettent pas seulement de renseigner sur nous. Ils permettent de nous situer, nous-mêmes. De borner un peu nos contours. Mais il me questionne sur leur nécessité, entre autres lorsqu’il s’agit de trouver une dénomination à nos métiers. Parfois, cela ne fonctionne pas. Les mots pour dire les métiers enferment, sont approximatifs, inadéquats, limitants. Il a raison et je tente d’objecter quand même, parce que je sens le besoin en moi, de trouver quand même ces mots justes, même si je sais qu’ils ne sont pas dans les nomenclatures et les registres officiels. Je lui dis que peut-être, pouvoir dire simplement « Je suis charpentier. », « Je suis boulanger. », « Je suis thérapeute. », « Je suis conductrice de bus. », cela nous aide, nous, à prendre place. Et aussi, à se sentir appartenir à une communauté de pairs dont on sait approximativement, d’emblée, que nous partageons des choses. Il acquiesce, un peu mollement je crois. Je l’entends se poser des questions à lui-même à voix haute. « Est-ce que ça compte pour moi que les professionnels auxquels je fais appel aient une dénomination précise ? »

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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