Je me demande sur quoi se fondent ces phrases que nous avons fait nôtres, auxquelles nous croyons dur comme fer. Je me demande si les questions peuvent rivaliser avec ces phrases.
L’idée qu’il y aurait du positif en tout m’est parfaitement étrangère, comme une langue inconnue, au même titre qu’il pourrait y avoir soi-disant des émotions négatives et des émotions positives.
Je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand ma fille me dit qu’elle trouve ses cuisses trop grosses, je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand je regarde des photos et que je me souviens à quel point je me sentais déjà trop grosse, trop ceci, trop cela, alors que c’était il y a 2, 5, 10 ou 15 kilos déjà.
Je me demande combien de territoires nous abritons. Combien nous sommes, quelles formes nous avons. Je me demande comment nous faisons pour être et vivre ensemble, surface contre surface, alors que tant de densités dansent en nous.
Je me demande comment réduire cet espace entre les temps. Comment les concentrer pour qu’ils ne soient plus qu’un. Un présent indépassable.
J’aimerais vous dire ma chance et vous demander où vous trouvez la vôtre. Dans des marches silencieuses, dans des collectifs bruyants, sur la piste de danse, dans votre cuisine, où ?
Je me demande si la lose ne serait pas la meilleure des histoires.
Je me demande à quoi ressemblerait notre monde si nous étions capables d’apparaître face aux autres sans jugement et sans peur, dans l’écoute et la reconnaissance.
Parce qu'écrire, c'est questionner, c'est écouter, c'est choisir, angler, ordonner.
Ce soir, je pense à la puissance des phrases jamais prononcées, des phrases attendues. Je pense à ces phrases inexistantes qui n’ont pas franchi les lèvres.
Est-ce que je peux laisser les larmes monter à mes yeux face à cette personne que je rencontre pour la première fois ?
Qui est bien placé pour conseiller ? Où est le lieu où se trouve ce siège d’où on est légitime pour conseiller ?