Je garde le souvenir d’une décision si intimement puissante, pas déraisonnable, pas insensée, mais vive, vivante, vibrante, au point que les « oui mais » des autres ricochaient sur nous, sans jamais nous faire chanceler.
Je me demande si quelque chose qui n’est jamais renouvelé peut rester juste.
Avez-vous vu le film « Insubmersible » ? Il nous raconte l’histoire vraie de Diana Nyad, la nageuse de longue distance qui, de ses 61 à ses 64 ans, a tenté cinq fois de parcourir à la nage les quelques 170 kilomètres qui séparent Cuba de la Floride. Record sur lequel elle avait buté à ses 28 ans. Combien de fois durant ce film ai-je pu ressentir en moi le désir de hurler : « Stop ! Arrête ! »
Alors que nous passons d’une année à une autre et que nous répondons pour la plupart d’entre nous à la tradition de célébrer ce passage, d’en faire un moment de bascule, un seuil plus qu’une continuité, je ressens le besoin d’observer mes changements.
Il a dit « Fais confiance au retour. » comme il avait pu me dire avant « Fais confiance au voyage. » Un pas à la fois. Chaque chose en son temps. Hiver, printemps, été, automne.
Face aux m2, aux équipements, aux matelas plus ou moins durs, plus ou moins mous, aux oreillers plus ou moins gonflés, je me demande où est mon confort.
Doit-on tout attendre de son métier ? Epanouissement et rémunération, bonheur et équilibre ? Doit-on nécessairement l’aimer ? Peut-on tous se permettre d’aimer son métier ? À quelle place serait-il sain de le mettre ? J’ai trop de questions et pas assez de réponses.
Depuis des jours, celles et ceux que je rencontre semblent s’être donné le mot. Tous me disent comme ils ont posé des intentions claires, comme ils s’en sont remis à plus grand qu’eux, quelle que soit la forme de ce plus grand.
En ce moment, je ploie sous le poids de plusieurs récits qui me font mal à la tête et aux épaules. Je les trouve encombrants, je les traîne depuis tellement longtemps ; ils sont usés jusqu’à la corde, j’en connais le moindre mot et pourtant, mon Dieu qu’ils sont puissants et agissants.
Laurent, que je ne connais pas non plus donc, a quand même nettoyé le siphon de notre douche. Et ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : il y a fort à parier qu’il a dû en extraire une pâte brunâtre dégueulasse et malodorante dans laquelle se mélangeaient tous types de cheveux.
Je me demande quels pays, quelles cultures portent quels fardeaux, quelles transmissions, dans ses préceptes, ses proverbes et ses injonctions. Y a-t-il une géographie des « il faut » et « il ne faut pas », des « on peut » et « on ne peut », des « on doit » et « on ne doit pas » ?
Pourquoi écrire ? Pourquoi continuer d’écrire alors qu’il est si difficile de vendre des livres ? Pourquoi passer des heures sur une phrase ? Pourquoi inventer des histoires ?
Cette phrase, j’ai besoin de me la redire, encore et encore, pour me sauver.
Je suis debout, à côté du lit dans le salon. J’astique consciencieusement les verres de mes lunettes. Le cabinet de curiosités dans lequel nous vivons cette semaine est fatalement poussiéreux et chaque matin, je le mesure aux particules déposées sur mes verres. Je pousse un petit cri, léger, mais Xavier accourt.