Elle a dit : « Tu vis le moment présent après-coup. »

Je me demande comment réduire cet espace entre les temps. Comment les concentrer pour qu’ils ne soient plus qu’un. Un présent indépassable.

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3 min ⋅ 26/04/2026

J’ai toujours été mauvaise en matière de figures de style. J’avais eu une très mauvaise note au devoir sur table de Monsieur Pontier au collège. Mais j’ai toujours adoré les oxymores (à mon sens, rien d’autre qu’un synonyme pour nommer la vie). Après Monsieur Pontier, j’ai eu d’autres profs de lettres et j’ai retenu l’ « obscure clarté » de Corneille, le « soleil noir » de Gérard de Nerval et autres « douce violence » et « silence assourdissant ». Si je devais me réincarner en figure de style, je choisirais donc l’oxymore mais mon petit doigt me dit que je suis déjà tellement oxymore que j’aurais tout intérêt à choisir une autre réincarnation, histoire de varier les plaisirs (et si tant est que l’on ait le droit de choisir sa réincarnation) (et que l’on se réincarne évidemment) - le dauphin serait à ce titre une réincarnation bien bien loin de ma vie présente.

Puisque l’heure est aux confidences, je partage ici avec vous mon penchant très très près du sol pour la nostalgie. Je vis le présent au passé ou au futur. Au passé : je sais déjà où va se loger un moment que j’aime particulièrement. Là, dans cet endroit de moi qui souffre et lutte pour retrouver son paradis perdu. Je pense plus souvent à hier qu’à tout de suite. Et il se trouve qu’hier est très fort, je trouve, pour se parer des plus belles couleurs que la vie peut offrir. Il est doué pour se montrer sous son meilleur jour et pour nouer autour de moi des cordes bien serrées sur lesquelles il tire pour m’amener à lui, à grand renfort de « Rejoins-moi, c’était mieux avant. » Au futur : je regarde le monde en en faisant récit. Ce qui me vient quand je vis quelque chose, ce sont immédiatement des mots pour le raconter. J’ai les premières phrases de beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup d’histoires.

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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