Je me demande si la lose ne serait pas la meilleure des histoires.
8 ans ? 9 ans ? ça ne change rien à l’histoire, je ne suis pas sûre que ma vie ait été bien différente à 8 ou à 9 ans à dire vrai. Le salon a été transformé en salle de danse. C’est la fête. Il y a des lumières colorées qui réchauffent l’atmosphère - une fois sur trois, on se prend un spot dans la gueule. On perd 4 dixièmes en même temps qu’un peu du contenu de son verre. J’ai 8 ou 9 ans, dans mon verre il doit y a voir du Coca mais je ne voudrais pas me présenter comme plus rock’n roll que je ne le suis, parions donc que je buvais une grenadine ce soir-là. Quelle est l’occasion célébrée ? Aucun souvenir. La journée a été longue me semble-t-il. Je vais aux toilettes - j’ai 8 ou 9 ans, je suis autonome. Puis me dirige vers le salon. Je le traverse. Innocente. Innocente et tétanisée évidemment comme toute personne qui traverse une salle de danse. Imaginez bien qu’à la base, il s’agit du salon de tonton et tata. On a donc poussé les chaises le long des murs et ceux qui ne dansent pas sont au spectacle. Aux premières loges pour mater les corps qui se déhanchent et les gamines de 8 ou 9 ans qui traversent la pièce. Je traverse la pièce quand quelqu’un m’arrête. Saisit mon bras. Et. Et m’indique que ma jupe est coincée dans mon collant.
J’ai 43 ans ; là, je suis précise parce que j’ai vraiment 43 ans. Lorsque je vais aux toilettes, que je porte des collants et une jupe, je pense sys-té-ma-ti-que-ment à cette soirée-là. Elle a imprimé ma vie. M’a donné une leçon que je n’ai de cesse de transmettre. Une vigilance que j’invite chacun.e à avoir. Je suis devenue la sage qui fait part de ses erreurs pour aider les autres sur leur chemin. J’enlève quelques pierres, je bouche quelques trous, j’ai à cœur de faciliter la vie de mon prochain.
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