Elle a dit : « Pour te faire découvrir mon Amboise. »

J’aimerais vous dire ma chance et vous demander où vous trouvez la vôtre. Dans des marches silencieuses, dans des collectifs bruyants, sur la piste de danse, dans votre cuisine, où ?

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6 min ⋅ 19/04/2026

Au numéro 1104 de la rue St Zotique E, à Montréal, il y a un café. À l’entrée, on s’y déchausse. Les meubles sont tous différents - aucune uniformité. La singularité dans la diversité. Les repas sont végétaliens, bios, locaux. D’emblée, vous avez envie de ralentir. Envie aussi d’en faire votre refuge. C’est une seconde maison.

Me reconnecter à ce lieu, depuis la maison angevine de mes amis où j’écris, me met immédiatement les larmes aux yeux. Je repense à mon ami Bertrand, photographe, qui m’avait dit un jour que chez lui, c’était un certain petit coin en Italie. Il vit à Nantes, il va souvent aux Etats-Unis mais le jour où il a mis les pieds dans ce coin d’Italie, il a ressenti que c’était là chez lui. Je repense souvent à cette conversation tant la notion de « chez-soi » m’intrigue. De quoi est-elle faite ? Sur quoi repose-t-elle fondamentalement ?

Lorsque je suis entrée au Café des habitudes à Montréal, un jour d’automne, j’ai ressenti une intense et puissante paix intérieure. D’un coup, il n’y avait plus de lutte. Tout me semblait rassemblé. Je pouvais lâcher, faire tomber le masque, fendre l’armure, tout ce qu’on veut. Plus rien n’était risqué et c’était sûr, tout irait bien pour le monde entier.

Dans ce café, j’ai pris du temps pour moi, j’ai acheté des livres, j’ai lu, j’ai dégusté des chocolats chauds au lait d’avoine et des cookies décadents. J’ai passé de douces minutes à regarder les petites annonces, affiches et autres propositions punaisées aux murs et qui ne racontaient qu’un seul et même récit : viens, je t’aime, prenons soin de nous.

Au Café des habitudes, j'ai rencontré aussi. Manon déjà, que j’ai racontée sur le blog de Retour au refuge, et dont la lumière continue de m’éclairer, malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent. Et puis un jour, j’étais nichée sur une petite banquette du café. C’était le mercredi 26 novembre. J’avais besoin de temps pour moi. J’essayais de créer du rien à l’intérieur de mon être. Sur le canapé à ma droite, il y avait la fondatrice du café,Joanna. Je lui avais écrit, je mourais d’envie de l’écouter me raconter l’histoire de ce lieu et ses intentions. Je ne suis pas allée lui parler. Je me dis toujours qu’il y a des rencontres qu’il faut vouloir mais ne pas forcer. Elle était en train de discuter avec une autre jeune femme. Je faisais des efforts pour ne pas focaliser sur leur discussion et pour tenter d’imprimer en moi l’ambiance de ce lieu. J’essayais de me caler dans un coin de la pièce, au plafond, pour me regarder, regarder où j’étais, regarder ma vie. Réaliser que j’étais au Canada avec mon mari et mes enfants depuis plus de deux mois déjà, que nous avions parcouru des milliers de kilomètres, fait d’incroyables rencontres, dormi dans la nature, célébrer les couleurs et la neige, distribuer des bonbons à Halloween dans un quartier d’une petite ville du Connecticut, et tant d’autres choses encore. Je voulais que jamais ne disparaisse en moi le sentiment de justesse de cet instant de ma vie. Ici, à Montréal, j’étais chez moi, j’étais en moi, j’étais moi et c’était d’une douceur incommensurable. J’essayais de faire ça je crois, ou j’essaie de le faire aujourd’hui en écrivant - les écrivains ne font qu’écrire des histoires.

Quelques temps après ce moment, j’ai découvert via Manon, le podcast « Trouver sa place », créé par une coach qui exerce à Montréal, Claire Grévedon. J’ai écouté des épisodes comme j’avais boulotté auparavant les cookies de Cookine (la coloc’ de Manon) (qui fournit le Café des habitudes) (vous suivez ?) - avec délice. Et j’ai réalisé : Claire était la personne qui discutait avec la fondatrice du Café, ce 26 novembre. J’ai trouvé ça fou que les choses se recoupent de la sorte. Mais surtout : je sentais une énergie incomparable entre ces femmes. Quelque chose de doux, de puissant aussi. J’ai eu très envie de rencontrer la lumière de Claire comme j’avais déjà eu la chance de rencontrer celle de Manon.

On me demande souvent comment je fais pour rencontrer les gens. Ce n’est pas très compliqué : je leur écris. Je vais vers des personnes que j’ai vraiment vraiment envie de rencontrer. Et je le leur dis. Je leur dis avec tout mon coeur parce que, oui, les rencontres, les conversations en tête à tête me nourrissent et fondent une grande partie de ma raison de vivre.

Alors, j’ai écrit à Claire et la magie a opéré. Elle m’a dit qu’elle venait passer quelques semaines en Europe au printemps. Peut-être pourrions-nous nous voir en vrai plutôt qu’en visio ? Ça dépendait… Où habitais-je ? En forêt d’Orléans. Incroyable, Claire allait rendre visite à son père à Amboise. À 1,5 heure de route de chez moi. Quand on est allé jusqu’au Canada pour faire des rencontres, faire 1,5 heure de route semble parfaitement imaginable. 

Depuis ces perspectives imaginées en janvier, la neige et le froid ont perduré au Québec, le printemps s’est assez rapidement installé en France, nos vies ont continué d’être des vies. Dans mon calendrier, sur la semaine du 13 avril, il était indiqué « Claire Grévedon », comme une possibilité.

Et le 13 avril, Claire m’a écrit. Elle me proposait de se voir le vendredi 17. Je n’étais alors pas dans ma forêt, j’étais à Angers, et sans voiture. Le train : 1,5 heure pour rejoindre Amboise. Banco. Claire me suggère d’y réfléchir, ça l’embête que je fasse toute cette route. Mais la nuit-même, je rêve du mot « venir ». Je n’avais encore jamais rêvé d’un verbe. Venir s’impose à moi, alors je viens. 

Je monte dans le train à Angers à 07h57. J’arrive à Amboise à 09h20. Nous avons rendez-vous sur l’île d’or ; Claire propose de me faire découvrir son Amboise.

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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