Il a dit : « Il y a assurément un autre monde, mais il est dans celui-ci. »

Je me demande combien de territoires nous abritons. Combien nous sommes, quelles formes nous avons. Je me demande comment nous faisons pour être et vivre ensemble, surface contre surface, alors que tant de densités dansent en nous.

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3 min ⋅ 03/05/2026

14h58. Dimanche de ciel bleu. Je n’ai jamais écrit aussi tard le récit de la semaine. Je ne m’inquiète pas. Rien n’est à inventer. Il faut laisser venir. J’aimerais avoir pour ma vie la même philosophie que celle que j’ai pour l’écriture - laisser venir ce qui doit être. J’aimerais avoir pour l’écriture la même philosophie que celle que j’ai pour ma vie - agir sans attendre que cela vienne.

Le temps s’est arrêté là où je suis dans le Cotentin. Depuis des années, je nourris ce récit : la mer et moi, aucune émotion. C’est ainsi. Oui, c’est beau ce soleil qui scintille sur l’eau mais l’émotion n’est pas là. Moi c’est là quand je suis en forêt. Chacun son refuge. Pour chacun un monde qui bouscule son monde. Mais là. Dimanche se poursuit et sur ces terres où je viens depuis que je suis enfante, je sens en moi les voix qui se superposent. Ces voix de femmes qui cette semaine m’ont fait l’honneur de leur récit et de leur partage. Autour de moi, elles se mélangent aux pépiements des oiseaux et au miaulement de ce chat au loin. Les voix de ma mère et mes tantes, une voix de Montréal, un autre de Paris, des voix d’amies, la voix de celle que je rencontre pour la première fois et qui se raconte pour que je l’écrive, la voix de celle qui roule à l’autre bout du monde. Plein de femmes et plein de formes.

Alors que je pense à chacune d’elle, cette phrase de Paul Eluard m’est offerte : « Il y a assurément un autre monde, mais il est dans celui-ci. » Cette semaine m’a permis d’accéder à d’autres couches de récits. En écoutant, j’ai pu aller sous la surface. Ces femmes ont dit ce qu’elles ne disent pas tous les jours. J’ai été surprise parfois et de cette surprise, je me réjouis. Elle me raconte la richesse de chaque être humain, nichée dans ce qu’il est et dont je ne sais rien. Derrière son sourire et son rire, elle est rattrapée par la mélancolie. Au-delà de son talent pour nourrir et faire plaisir aux autres, il y a eu, pendant des années, la difficulté à alimenter son corps. Sous la joie d’une vie choisie, il y a la saturation d’une vie si dense qu’elle épuise. Derrière, au-delà, sous, il y a...

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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