L’idée qu’il y aurait du positif en tout m’est parfaitement étrangère, comme une langue inconnue, au même titre qu’il pourrait y avoir soi-disant des émotions négatives et des émotions positives.
Nous avons 43 et 45 ans. L’âge n’a peut-être pas toujours tant que ça à voir avec la jeunesse ou la vieillesse. Mais enfin, toutes les deux, nous convenons que nous n’avons plus tout à fait l’énergie de nos 30 ans. Je n’y vois pas un constat passif ou désabusé. Nous ne nous sentons pas à ce point dépassées par la vie, mais enfin, face aux injonctions des réseaux sociaux, par exemple, on ne va pas se cacher derrière notre petit doigt, elle comme moi nous sentons des dinosaures. Évidemment que des personnes de plus de 43 et 45 ans peuvent être parfaitement au fait de ce sujet. Pas nous. Pas nous parce que nous n’éprouvons, ni l’une ni l’autre, l’envie de nous y mettre pour de vrai.
Nous explorons quelques minutes. Serions-nous de vieilles femmes aigries qui refusent de souscrire au progrès ? Serions-nous effrayées par la nouveauté ? Avons-nous honte ? La flemme ? Je confesse avoir envie de vivre dans un monde où nous n’aurions pas besoin de nous mettre en scène sur un quelconque réseau. Même sans parler de mise en scène, un monde où nous ne serions pas invitées, pour rester visibles, pour vendre, pour rencontrer, à animer un quelconque réseau. Je me questionne : je vois le monde aux couleurs du récit. Pour moi, vivre consiste à être présente tout en ayant en tâche de fond dans ma tête, le récit futur qui s’active. Les réseaux sociaux ne sont-ils pas un immense espace de mises en récit ? Un endroit où je pourrais me bauger avec plaisir ?
Et elle a dit : « Ce qui me dérange, c’est que sur les réseaux sociaux, tout est présenté selon une logique de progression. » Ce qu’elle observe, c’est que ce qui est partagé sur les réseaux sociaux, même les épreuves, les coulisses peu glorieuses, le sont pour raconter un chemin qui va vers du mieux, inévitablement. Ça a été dur mais on s’en est sorti. C’est difficile mais dans l’adversité, je comprends et je m’améliore. Je deviens peu à peu cette fameuse meilleure version de moi-même. Son analyse me subjugue.
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