Elle a dit : « On en est toutes là. »

Je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand ma fille me dit qu’elle trouve ses cuisses trop grosses, je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand je regarde des photos et que je me souviens à quel point je me sentais déjà trop grosse, trop ceci, trop cela, alors que c’était il y a 2, 5, 10 ou 15 kilos déjà.

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4 min ⋅ 10/05/2026

Il fait super chaud pour une fin avril. On s’est habitué non, à trouver qu’il fait super trop quelque chose pour la saison donnée. Trop froid, trop chaud, trop de pluie, trop de vent. Bien sûr, parfois on varie. Pas assez chaud, pas assez froid, pas assez de pluie… On commente le ciel et peut-être fait-on ça depuis la nuit des temps.

Il fait super chaud pour une fin avril. Le groupe décide d’aller à la plage. Les enfants se désapent en deux secondes. Que pensent les adultes ? Lui court dans l’eau en slip ; le maillot de bain est resté dans la voiture. Lui se déshabille consciencieusement. Je le connais et je pense savoir que le moment n’est pas si anodin pour lui. Elle retire ses vêtements et marche vers la mer. Elle glisse un petit commentaire au sujet de son maillot de bain. Elle aurait un peu pris des fesses, nous dit-elle. Et elle, l’amie à mes côtés : « On en est toutes là. » Je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand ma fille me dit qu’elle trouve ses cuisses trop grosses, je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand je regarde des photos et que je me souviens à quel point je me sentais déjà trop grosse, trop ceci, trop cela, alors que c’était il y a 2, 5, 10 ou 15 kilos déjà.

Je ne cesse de grossir. Pendant longtemps, mon corps n’a pas grossi autant que ce que je mangeais et c’était commenté : j’avais de la chance. J’ai toujours entendu et vu ma mère lutter contre son poids. J’ai toujours détesté me mettre en maillot de bain, en short. J’ai toujours détesté montrer mes jambes. J’ai toujours été abasourdie de constater en regardant des photos de moi qu’à l’époque où elles ont été prises, je n’avais aucune raison de penser ça. Sublime piège.

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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