Kessel

Il a dit : « Tu ».

Je me suis demandé : suis-je raide ?

Retour au récit
2 min ⋅ 07/06/2026

D’emblée, je vouvoie. Parfois, associé à mes cheveux blancs et à ma cabane dans la forêt, j’ai le sentiment que ce vouvoiement vient du 19ème siècle. Alors je demande si l'on peut se tutoyer. L’autre jour, un Monsieur m’a dit oui et il a continué à me vouvoyer. Parfois aussi, juste, même en me sentant de 2026, j'ai envie de tutoyer. Cela me semble apporter de la souplesse à l’échange. Je sens que le tutoiement nous place dans la même pièce, du même côté de la table.

Et puis, il y a ces autres fois. Cela ne m’a pas sauté aux yeux tout de suite mais cela s’est imposé doucement.

Nous étions tous les deux dans la même pièce. Moi, j’accueillais les gens pour passer 45 minutes avec eux, pour les écouter me parler de leur vie afin d’écrire leur portrait ensuite. Lui, il avait 15 minutes après moi, pour faire des portraits aussi, mais photographiques. Après 45 minutes d’échanges que j’essaie de faire les plus agréables possible, je me rends compte que le plus souvent, les gens sont plutôt détendus quand l’étape du shooting photo arrive. Je m’éclipse quand même. Moi, je trouve ça toujours très intimidant de se faire photographier. J’ai beau y penser tranquillement avant que cela n’arrive, j’ai beau écouter religieusement mon cerveau, ses arguments qui tiennent la route et qui ont vocation à me rassurer, une fois l’objectif rivé sur moi, tout s’envole, je ne sais plus ni sourire ni comment me tenir ni comment je m’appelle ni même si j’existe vraiment. L’épreuve. Je projette donc et préfère laisser les gens en tête à tête avec le photographe, soustraire ainsi une seconde paire d’yeux qui les regarde.

En quittant la pièce, j’entends le photographe tutoyer immédiatement la personne qui s’installe devant lui. Certes, il en a déjà photographié certaines. Mais pas toutes. Son tutoiement n’est pas un tutoiement relationnel ou amical. C’est un tutoiement de première fois dont l’objectif, je m’imagine, est de réduire l’espace entre lui et les personnes. Avec son « tu », cela se sent, il dédramatise, désensibilise, démine, déride, dé-tout-ce-qu’on-veut. Il met à l’aise. D’un coup, le moment se ramollit. Finalement, cette affaire de photos, cela n’a rien de bien méchant.

...

Retour au récit

Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

Les derniers articles publiés

Il a dit : « Tous les jours, j’envoie un message à mes enfants pour leur dire que je les aime et leur souhaiter une bonne journée. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  21/06/2026 3 min

Je me demande pourquoi on veut nous faire croire qu’il existe des solutions à tout, pour tout, rapides et sans efforts.

Elle a dit : « La vie, ce n’est pas une ligne tracée toute droite. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  14/06/2026 1 min

Je me demande si dans la ligne toute droite, il ne faut pas voir autre chose que ça : un mouvement qui s’élance. Une rampe.

Il a dit : « Non merci. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  31/05/2026 1 min

Comment aide-t-on ? Est-ce nécessairement en donnant ?

Il a dit : « Généralement, les vrais artistes sont de mauvais commerciaux. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  24/05/2026 1 min

Je me demande sur quoi se fondent ces phrases que nous avons fait nôtres, auxquelles nous croyons dur comme fer. Je me demande si les questions peuvent rivaliser avec ces phrases.

Elle a dit : « C’est une logique de progression. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  17/05/2026 2 min

L’idée qu’il y aurait du positif en tout m’est parfaitement étrangère, comme une langue inconnue, au même titre qu’il pourrait y avoir soi-disant des émotions négatives et des émotions positives.

Elle a dit : « On en est toutes là. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  10/05/2026 3 min

Je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand ma fille me dit qu’elle trouve ses cuisses trop grosses, je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand je regarde des photos et que je me souviens à quel point je me sentais déjà trop grosse, trop ceci, trop cela, alors que c’était il y a 2, 5, 10 ou 15 kilos déjà.

Il a dit : « Il y a assurément un autre monde, mais il est dans celui-ci. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  03/05/2026 2 min

Je me demande combien de territoires nous abritons. Combien nous sommes, quelles formes nous avons. Je me demande comment nous faisons pour être et vivre ensemble, surface contre surface, alors que tant de densités dansent en nous.

Elle a dit : « Tu vis le moment présent après-coup. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  26/04/2026 2 min

Je me demande comment réduire cet espace entre les temps. Comment les concentrer pour qu’ils ne soient plus qu’un. Un présent indépassable.

Elle a dit : « Pour te faire découvrir mon Amboise. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  19/04/2026 5 min

J’aimerais vous dire ma chance et vous demander où vous trouvez la vôtre. Dans des marches silencieuses, dans des collectifs bruyants, sur la piste de danse, dans votre cuisine, où ?