Comment aide-t-on ? Est-ce nécessairement en donnant ?
Je sens une goutte glisser sur ma poitrine. Le soleil et la chaleur m’agressent. Ils ne sont pour moi ni douceur ni caresses. Ils tapent, s’acharnent et je rêve d’hiver ; c’est ainsi pour moi. Je ne suis pas sous mes arbres, je suis sur ce bitume à tirer ma valise, trop lourde. Et lui est là, sur ce bitume aussi mais assis. Dans ces vêtements qu’il devait porter cet hiver déjà. Comme toujours, nos écarts me heurtent. Nos positions dans l’espace, lui à même le sol et moi verticale qui passe, qui trace. Dans la fugacité de ce moment où nos existences se frôlent, je crois percevoir l’immensité qui nous sépare. Je me demande ce qui nous rassemblerait si je prenais le temps, si je choisissais de lui proposer de nous rencontrer.
Alors que je l’ai déjà dépassé, dans cet instant précis où il est encore dans mon champs de vision mais où je suis en même temps comme déjà loin, je vois quelqu’un lui proposer une bouteille d’eau. Une petite bouteille d’eau pour diluer le rouge brûlant de l’air. Je suis traversé par ce geste. Quelqu’un y a pensé. En s’achetant peut-être un sandwich, une viennoiserie, il a pris une bouteille d’eau pour cet autre humain. Et ce dernier a dit : « Non merci. » Il a secoué la tête, d’une façon qui m’a semblé trop virulente pour la situation. Je n’ai pas compris et j’étais partie. Je me suis souvenue de cet homme à Montréal qui avait lui aussi refusé ce que mon mari lui avait tendu.
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