Kessel

Il a dit « Fais confiance au retour. »

Il a dit « Fais confiance au retour. » comme il avait pu me dire avant « Fais confiance au voyage. » Un pas à la fois. Chaque chose en son temps. Hiver, printemps, été, automne.

Retour au récit
2 min ⋅ 28/12/2025

Ils semblent frêles. Sur le fond blanc de la neige, ils sont des traits marrons qui se détachent. La sève tombée dans leurs racines a cessé de circuler en eux. On pourrait les croire absents. En réalité, les arbres en dormance sont actifs d’une autre manière. Ils enclenchent toutes sortes de mécanismes pour lutter contre le froid. Et aussi, ils réparent les dégâts qui leur ont été causés pendant la saison chaude. Ils se préparent pour le moment, au printemps, où leur sève remontra. L’hiver n’est pas une absence, un effacement ou une apnée. Il n’est pas non plus un temps d’édification ou d'éclosion. Il est cette dormance indispensable. Et c’est pour ça que nous avons sans doute tort de prendre des résolutions au 1er janvier. À cette date, nous ne sommes entrés officiellement dans l’hiver que depuis 11 jours. Le bourgeonnement, la floraison, l’abondance n’est pas pour tout de suite. Nous avons besoin de laisser les choses se préparer, sous terre. Les saisons sont des guides que nous sommes contraints d’ignorer. Rien dans notre rythme de vie ne nous permet de respecter vraiment celui de la nature et des saisons. Les horaires d’école et de travail ne varient pas, la quantité de choses à faire ne baisse pas nécessairement alors que l’ensoleillement est moindre, que les jours sont plus courts et les nuits plus noires. J’aime la temporalité imposée par l’hiver. Elle me correspond bien plus que celle de l’été. J’aimerais que vous puissions les uns les autres nous accorder ce que la nature s’accorde de fait. Ce qu’elle fait parce qu’elle en a besoin, parce qu’elle ne peut pas faire autrement, qu’elle survit et vit ainsi.

Lorsqu’il a dit « Fais confiance au retour. », j’ai eu envie de balayer sa phrase d’un revers de main. Faire confiance ? J’ai appris que la vie pouvait nous faire de vraies saloperies et je dois travailler chaque jour, très dur, pour voir aussi les cadeaux qu’elle fait. Mais je ne peux pas me cacher derrière mon petit doigt : ici au Québec, pendant nos mois d’explorations, nous avons rencontré Manon, Robin, Remy, Madeleine… Et tous nous ont parlé de leur confiance en la vie. Pas une confiance passive et passéiste mais une forme d’abandon et de foi sincère, une fois l’intention manifestée et le désir nommé. Ils ont tous choisi de croire que ce qu’ils désirent le plus au monde arrivera un jour. Ils y croient fermement, sans certitude mais avec conviction. Ils ont confiance. Ils sont prêts à laisser le temps aux choses d’advenir. Et lui, lui ne m’a pas dit « Fais confiance en la vie. » Il a dit « Fais confiance au retour. » comme il avait pu me dire avant « Fais confiance au voyage. » Un pas à la fois. Chaque chose en son temps. Hiver, printemps, été, automne.

Alors que l’année 2025 s’achève, j’aimerais que nous puissions ne respecter la tradition des « bonnes résolutions » de début d’année que si cela a du sens et de la puissance pour nous. J’aimerais que nous puissions écouter la nature hors et dans nous, celle qui nous entoure et celle intime en nous, qui a son rythme et ses besoins. J’aimerais pour ma part apprendre à faire confiance, comprendre que les choses ont un rythme et peut-être même un ordre qu’il n’est pas toujours bon de bousculer. J’aimerais que vous trouviez ce en quoi vous croyez fermement et que vous ayez la confiance de vous abandonner à l’idée qu’avec la grâce qui accompagne les convictions sincères, ce que vous souhaitez qu’il advienne adviendra un jour.

Je vous présente tous ces voeux pour l’année qui débute bientôt, et au-delà.

...

Retour au récit

Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

Les derniers articles publiés

Il a dit : « Tous les jours, j’envoie un message à mes enfants pour leur dire que je les aime et leur souhaiter une bonne journée. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  21/06/2026 3 min

Je me demande pourquoi on veut nous faire croire qu’il existe des solutions à tout, pour tout, rapides et sans efforts.

Elle a dit : « La vie, ce n’est pas une ligne tracée toute droite. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  14/06/2026 1 min

Je me demande si dans la ligne toute droite, il ne faut pas voir autre chose que ça : un mouvement qui s’élance. Une rampe.

Il a dit : « Tu ».

par Aurélie Jeannin   ⋅  07/06/2026 2 min

Je me suis demandé : suis-je raide ?

Il a dit : « Non merci. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  31/05/2026 1 min

Comment aide-t-on ? Est-ce nécessairement en donnant ?

Il a dit : « Généralement, les vrais artistes sont de mauvais commerciaux. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  24/05/2026 1 min

Je me demande sur quoi se fondent ces phrases que nous avons fait nôtres, auxquelles nous croyons dur comme fer. Je me demande si les questions peuvent rivaliser avec ces phrases.

Elle a dit : « C’est une logique de progression. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  17/05/2026 2 min

L’idée qu’il y aurait du positif en tout m’est parfaitement étrangère, comme une langue inconnue, au même titre qu’il pourrait y avoir soi-disant des émotions négatives et des émotions positives.

Elle a dit : « On en est toutes là. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  10/05/2026 3 min

Je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand ma fille me dit qu’elle trouve ses cuisses trop grosses, je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand je regarde des photos et que je me souviens à quel point je me sentais déjà trop grosse, trop ceci, trop cela, alors que c’était il y a 2, 5, 10 ou 15 kilos déjà.

Il a dit : « Il y a assurément un autre monde, mais il est dans celui-ci. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  03/05/2026 2 min

Je me demande combien de territoires nous abritons. Combien nous sommes, quelles formes nous avons. Je me demande comment nous faisons pour être et vivre ensemble, surface contre surface, alors que tant de densités dansent en nous.

Elle a dit : « Tu vis le moment présent après-coup. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  26/04/2026 2 min

Je me demande comment réduire cet espace entre les temps. Comment les concentrer pour qu’ils ne soient plus qu’un. Un présent indépassable.

Elle a dit : « Pour te faire découvrir mon Amboise. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  19/04/2026 5 min

J’aimerais vous dire ma chance et vous demander où vous trouvez la vôtre. Dans des marches silencieuses, dans des collectifs bruyants, sur la piste de danse, dans votre cuisine, où ?