Kessel

Elle a dit : « Ouais, ouais… »

De nouveaux chapitres s’ouvrent. Chaque jour, finalement, il y a sans doute une oxymore à incarner : être d’une solide souplesse.

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3 min ⋅ 01/02/2026

Vous n’avez pas le ton là mais il faut que je vous imaginiez. Elle a 12 ans, elle monte les marches de l’escalier et de loin, me lance : « Ouais, ouais. » Un « Ouais, ouais » qui pourrait trouver synonyme dans : « C’est ça, cause toujours. », dans « Pfffff… », dans « Pu****, qu’est-ce qu’elle est relou ma mère. » et autres pensées bienveillantes et fleuries.

Il m’est tentant de vous en raconter davantage. Le pourquoi du « Ouais, ouais… » et la discussion joyeuse à sa suite, au cours de laquelle les vagues traces de sagesse en moi n’ont pas résisté très longtemps. Mais à faire cela, je sais que je rejoindrais la cohorte facile des parents qui critiquent leur adolescent. J’y ai ma carte d’adhésion mais je sais aussi la puissance stérile de ce genre de verdict. Je préfère donc pester sur mes adolescents en compagnie de mes ami.e.s qui cheminent sur la même route d’épines enflammées, pieds nus, et garder pour ici une autre expérience de récit.

Ces derniers temps (ceux de l’adolescence donc), je découvre une nouvelle question parentale. Je trouve qu’il y en a moins qu’avant mais qu’elles sont bien plus grandes, bien plus lourdes et bien plus coriaces. Je me souviens de mon père, lorsque notre premier enfant est né, qui m’avait dit : « Tu verras, petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes. » Et je me souviens très bien de ma réaction intérieure : « T’ES SÉRIEUX LA ?????? J’AI JUSTE PEUR QUE MON ENFANT CESSE DE RESPIRER PENDANT SON SOMMEIL ET TU TROUVES QUE C’EST UN PETIT PROBLÈME ???? » Quantifier et relativiser nos questionnements de parents n’a donc, sans aucun doute, aucun sens. Mais aujourd’hui, ce que je sens de nouveau, c’est une question qui me semble immense et qui m’aspire pour l’instant entièrement (disons que je cherche les aspérités sur ses murs pour m’y agripper et tenter de rejoindre la terre ferme) : quelle est ma place de Maman ? Laquelle est-elle, où est-elle, de quelle forme, de quelle taille, avec quoi dedans ?

Je la bornais plutôt bien avant : elle était multiple. Là, là, aussi un peu là, et puis là, et là, puis encore là. Et là. Et lààààààààààà.

Mais aujourd’hui, mes enfants sont sur d’autres chemins sur lesquels ils :

- choisissent leurs vêtements seuls

- s’habillent seuls

- prennent soin de leur hygiène seuls

- n'ont pas envie de partager leur vie avec moi

- ne souhaitent pas recueillir mes points de vue, avis, conseils

- me trouvent trop et pas assez

- préfèreraient qu’on ne se touche pas trop si possible

- etc.

...

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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