Il a dit : « Les gens souffrent de ne plus prendre de décisions. »

Face aux m2, aux équipements, aux matelas plus ou moins durs, plus ou moins mous, aux oreillers plus ou moins gonflés, je me demande où est mon confort.

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3 min ⋅ 21/12/2025

Chez Manon et Alex, à Montréal, le seau pour le compost est placé au congélateur, pour éviter les mauvaises odeurs. Chez Rebecca, à Montréal aussi, c’est un seau à vider dans un bac dans le petit jardin. Rebecca a une machine à pop corn. Chez Robby et Lili, à Bridgeport dans le Connecticut, quelqu’un vient une fois par semaine ramasser le sac de compost laissé devant la porte. Chez Anne ici à Québec, c’est un petit sac violet à sortir le dimanche soir sur le trottoir en même temps que les autres poubelles. Chez les uns, il y a des stores légers qui laissent passer la lumière du jour dès que ce dernier se lève. Chez d’autres, on ne compte plus les oreillers et coussins sur le lit. Certains ont une ribambelle de produits pour le ménage, d’autres ont fait un guide de consignes de 12 pages. Il y a ceux qui ont des livres, ceux qui n’en ont pas, qui ont des photos aux murs, pas de télévision, un faux feu de cheminée, très peu de couteaux de cuisine ou bien une dizaine de planches à découper.

La pratique de l’échange de maisons fait pénétrer dans la vie des gens d’une façon soudainement très intime. Au cours de ce voyage de trois mois et demi au Québec nous aurons dormi dans toutes sortes de lits, chez toutes sortes de personnes, dans des villes, des appartements, des maisons, des campagnes, des camping-car, des tentes, des hôtels, au rez-de-chaussée, au troisième étage… Et me saute aux yeux à quel point nous voyons tous le confort à des endroits différents. Pour mon fils, c’est dans un lit deux places rien que pour lui, un réseau WIFI et des couteaux de cuisine bien aiguisés. Pour ma fille, dans une chambre qui ferme et dans le casque qu’elle porte beaucoup sur ses oreilles pour écouter ses podcasts préférés. Face aux m2, aux équipements, aux matelas plus ou moins durs, plus ou moins mous, aux oreillers plus ou moins gonflés, je me demande où est mon confort. Dans l’accessibilité aux commerces à proximité de mon lieu de vie ? Dans l’existence d’une librairie indépendante près de chez moi ? Dans une taille de logement, une répartition des pièces, la couleur aux murs, les facilités offertes par tel ou tel appareil électroménager ? Pendant que mon mari construisait notre maison en bois dans la forêt, nous avons vécu dans un vieux mobil home, sans électricité au début, puis dans une petite cabane. J’aime aussi camper et j'ai adoré l’étape itinérante de notre voyage au Québec. Je n’ai pas besoin de grand chose. Vivre dans un petit espace, mais avec ma chienne, mes poules et des arbres à proximité m’a toujours semblé plus confortable qu’une maison grande et sur-équipée. Chacun trouve le confort à sa porte - même si je mesure que certains fondamentaux relevant de la dignité humaine et de la sécurité sont indispensables.

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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