Kessel

Elle a dit : « Je crois que je n’avais encore jamais raconté ça avec autant de détails. »

Je me demande si quelque chose qui n’est jamais renouvelé peut rester juste.

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2 min ⋅ 18/01/2026

J’ai passé la semaine à converser.

Dans un bureau où j’ai passé tant d’heures à parler de moi, il y a quelques années de cela, j’ai conversé avec celle qui a été ma psy et qui m’a proposé de nous tutoyer, pour assouplir une relation qui prend une nouvelle forme.

Dans un café qui propose des scones, j’ai conversé avec une amie dont la distance et le temps qui passe ne m’éloigne pas. Prendre des nouvelles d’enfants que l’on n’a jamais vus me semble être le signe d’une amitié profonde. J’ai envie de savoir comment vont ceux qui comptent pour elle.

Dans l’école où j’ai pris mon élan, approché mon futur métier et fait de multiples rencontres, j’ai conversé avec des étudiants mais pas que. Et le passé dès lors a pris le goût de l’avenir ; c’était une étrange sensation.

J’ai conversé avec une comptable, avec une amie, avec un ami, avec des amis, avec un couple qui va bientôt célébrer ses 70 ans de mariage, avec mon mari et avec mes enfants. J’ai conversé pour découvrir, pour prendre des nouvelles, pour tenter de comprendre. J’aime ça, profondément. Converser avec présence et attention me place dans un présent où je peine sinon à trouver, justement, place ; le passé et le futur m’appelant sans cesse, comme des enfants affamés.

Chacune de ces conversations a eu sa teneur et sa couleur. Mais enchaîner ainsi, sur une semaine, les rencontres avec des personnes que l’on n’a pas vues depuis un moment, me fait prendre conscience de la façon dont nous pouvons, sans nous en rendre compte, manquer de présence et de vérité parfois. Je donne de mes nouvelles, j’expose les questions qui m’obsèdent en ce moment, et je réalise que je déroule un discours. Une alarme dans ma tête s’active. Je ne suis plus en train de converser, je suis en train de servir mon récit. L’immensité de ce que je perds en passant ainsi en mode automatique me saute au visage. Je n’apprends rien de l’autre, je ne me rends pas service, je perds en n’étant pas dans l’expression vraie et présente. Alors, j’augmente ma vigilance. Je ne veux pas gâcher ces conversations.

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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