Kessel

Elle a dit : « La nature nous apaise le coeur. »

Depuis des jours, celles et ceux que je rencontre semblent s’être donné le mot. Tous me disent comme ils ont posé des intentions claires, comme ils s’en sont remis à plus grand qu’eux, quelle que soit la forme de ce plus grand.

Retour au récit
2 min ⋅ 07/12/2025

La salle de bain du rez-de-chaussée est dans son jus. Il y a du lambris doré aux murs. C’est la pièce que je préfère. Elle ne donne pas sur le lac. Elle n’a pas de vue renversante. Mais quand j’y suis, je suis dans une nouvelle de Carver. Je suis peut-être même un homme qui s’échappe quelques jours dans un chalet au fin fond du Canada, dans le froid, pour reprendre son souffle et ruminer ses peines. Il y a une baignoire sur pieds, à l’ancienne. Le pommeau de douche se pose sur un système qui ressemble à celui des vieux téléphones. Quand j’ai fini de rincer le fond de la baignoire, je raccroche. 

Il n’y a pas de volets ; la nuit n’est jamais noire. La lune éclaire la neige qui éclaire l’intérieur de la maison. Je trouve que cela gêne pour bien dormir, et je constate que cela n’empêche pas les démons nocturnes de venir. Mais le matin, quand j’ouvre les yeux et que je vois les arbres dans le petit matin, il se pourrait que je pleure ou que je m’évanouisse, comme assommée, devant tant de beauté. Je pense à chez moi, aux arbres de chez moi. Je pense globalement à la beauté des arbres, où qu’ils soient. Leur beauté, leur beauté, leur beauté renversante. Ce n’est pas permis ça, tant de beauté.

De grandes fenêtres triangulaires donnent sur le lac et c’est là que le soleil se lève. Il me suffit de relever un peu la tête, de caler l’oreiller, et je peux voir le soleil débarquer. Il empourpre le ciel et on croit le jour arrivé déjà. Mais non. Le soleil empourpre le ciel avant de poindre. Il faut imaginer la scène : la neige partout, les arbres debout, le ciel orange, brûlant au-dessus du lac gelé, puis le soleil qui débarque. Il va vite. Il ne faut rien manquer. En quelques minutes, il est haut déjà. Le jour est là. Je me lève.

...

Retour au récit

Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

Les derniers articles publiés

Il a dit : « Tous les jours, j’envoie un message à mes enfants pour leur dire que je les aime et leur souhaiter une bonne journée. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  21/06/2026 3 min

Je me demande pourquoi on veut nous faire croire qu’il existe des solutions à tout, pour tout, rapides et sans efforts.

Elle a dit : « La vie, ce n’est pas une ligne tracée toute droite. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  14/06/2026 1 min

Je me demande si dans la ligne toute droite, il ne faut pas voir autre chose que ça : un mouvement qui s’élance. Une rampe.

Il a dit : « Tu ».

par Aurélie Jeannin   ⋅  07/06/2026 2 min

Je me suis demandé : suis-je raide ?

Il a dit : « Non merci. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  31/05/2026 1 min

Comment aide-t-on ? Est-ce nécessairement en donnant ?

Il a dit : « Généralement, les vrais artistes sont de mauvais commerciaux. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  24/05/2026 1 min

Je me demande sur quoi se fondent ces phrases que nous avons fait nôtres, auxquelles nous croyons dur comme fer. Je me demande si les questions peuvent rivaliser avec ces phrases.

Elle a dit : « C’est une logique de progression. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  17/05/2026 2 min

L’idée qu’il y aurait du positif en tout m’est parfaitement étrangère, comme une langue inconnue, au même titre qu’il pourrait y avoir soi-disant des émotions négatives et des émotions positives.

Elle a dit : « On en est toutes là. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  10/05/2026 3 min

Je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand ma fille me dit qu’elle trouve ses cuisses trop grosses, je me demande où nous en sommes, nous toutes ? Quand je regarde des photos et que je me souviens à quel point je me sentais déjà trop grosse, trop ceci, trop cela, alors que c’était il y a 2, 5, 10 ou 15 kilos déjà.

Il a dit : « Il y a assurément un autre monde, mais il est dans celui-ci. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  03/05/2026 2 min

Je me demande combien de territoires nous abritons. Combien nous sommes, quelles formes nous avons. Je me demande comment nous faisons pour être et vivre ensemble, surface contre surface, alors que tant de densités dansent en nous.

Elle a dit : « Tu vis le moment présent après-coup. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  26/04/2026 2 min

Je me demande comment réduire cet espace entre les temps. Comment les concentrer pour qu’ils ne soient plus qu’un. Un présent indépassable.

Elle a dit : « Pour te faire découvrir mon Amboise. »

par Aurélie Jeannin   ⋅  19/04/2026 5 min

J’aimerais vous dire ma chance et vous demander où vous trouvez la vôtre. Dans des marches silencieuses, dans des collectifs bruyants, sur la piste de danse, dans votre cuisine, où ?