Il a dit : « On va jusqu’à ce soir. Puis on verra. »

En écoutant Hugo et Anne-Marie, en projetant que leurs vies n’ont rien à voir, me vient l’envie de questionner mes jalousies. Faire la liste de mes envies serait sans doute une démarche plus saine, et je crois n’être pas foncièrement une personne jalouse. Pourtant, c’est bien la jalousie qui vient me tisonner.

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3 min ⋅ 08/02/2026

Dans la salle, il doit faire quelque chose comme 30 degrés. Millau en février est calme. Sur le grand écran défilent les images d’aventuriers fous et d’expéditions folles ; c’est le festival « 360 degrés d’aventure ».

Hugo a 25 ans. On le voit fermer la porte de sa maison, en Suisse, enfourcher son vélo, donner un premier coup de pédale. Il est parti pour rejoindre trois amis. Ils sont partis pour faire 4 500 kilomètres à vélo, avec pour point d’orgue, l’ascension de l’Elbrouz qui culmine à 5 642 mètres. Objectif atteint, petite redescende en parapente. La belle aventure de ces quatre amis suisses sera contée dans leur film, « Les cycloptimistes ».

Dans le générique, Hugo est décrit comme étant « l’éternel insatisfait » de la bande. Les journées s’enchaînent et malgré le sentiment d’immersion qu’offre ce genre de documentaire, on ne peut jamais tout à fait rejoindre les exploits des autres. Il y a une part de mystère dans cette façon qu’ils ont de relever des défis incroyables, de puiser dans leurs réserves, de ne pas abandonner. Un jour plus difficile qu’un autre, alors que le fessier est douloureux comme jamais, l’éternel insatisfait se fait philosophe : « On va jusqu’à ce soir. Puis on verra. » Et je crois que chacun des aventuriers de la dizaine de films en lice aurait pu prononcer cette phrase. Au creux de leur souffrance, tous ont continué de pédaler, marcher, escalader, rouler. Par tous les temps possibles, au milieu de toutes les incertitudes imaginables, ils ont tous choisi de poursuivre, sans ignorer demain mais en le mettant à sa juste place. Là où tout peut être différent d’aujourd’hui.

Dans la cave froide et humide de l’entreprise Société où est fabriqué le Roquefort, nous achevons en famille une visite VIP. Hors saison, on a les guides rien que pour soi. Anne-Marie travaille ici depuis plus de trente années. D’ici cet été, elle sera partie. La retraite. Des projets ? Anne-Marie répond : « Moi, je prends chaque jour l’un après l’autre. On verra. » A une journée d’intervalle, je ne peux pas ignorer ce cumul de « On verra. » En écoutant Hugo et Anne-Marie, en projetant que leurs vies n’ont rien à voir, me vient l’envie de questionner mes jalousies. Faire la liste de mes envies serait sans doute une démarche plus saine, et je crois n’être pas foncièrement une personne jalouse. Pourtant, c’est bien la jalousie qui vient me tisonner.

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Par Aurélie Jeannin

Les récits que nous faisons de nous sont très puissants. Certains nous ligotent, nous limitent. D’autres nous portent de façon grandiose et libérée. Je m’appelle Aurélie Jeannin. J’accompagne par le récit, sous des formes diverses.

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